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Élaborer une situation d’apprentissage à partir de la littérature de jeunesse

Susciter la motivation pour la lecture, proposer des tâches signifiantes d’écriture, éveiller suffisamment l’intérêt sur un sujet pour donner le goût d’en connaître plus et de rechercher l’information nécessaire pour produire un texte rigoureux sont des aspects essentiels pour capter l’attention des élèves et leur donner le goût de s’investir dans une tâche, mais ce n’est pas toujours facile de trouver l’idée du siècle. Et si la littérature de jeunesse pouvait nous aider?

  Il existe une multitude d’œuvres de littérature de jeunesse dans lesquelles il est question d’événements sociaux, historiques ou culturels qui peuvent nous servir lorsque vient le temps de créer une situation d’apprentissage motivante pour les élèves. Ces œuvres, de très grande qualité, sont une mine d’or pour l’enseignant qui souhaite aborder un thème particulier.  

Description du projet  
Une situation d’écriture sur le thème de la guerre peut répondre à plusieurs objectifs du programme de français, tout en éveillant l’intérêt pour certains événements historiques et en offrant aux élèves une ouverture sur le monde. Le thème de la guerre favorise aussi la pratique du dialogue et peut alors très bien être exploité en éthique et culture religieuse. La situation d’apprentissage présentée ici est le compte rendu d’un projet qui a été vécu dans une classe de 6e année.

  L’amorce du projet visait à comprendre et à interpréter l’implicite dans l’album Koletaille, qui a comme caractéristique de mettre en scène un char d’assaut comme personnage principal. En cherchant à l’identifier, les élèves ont pris connaissance de l’œuvre qui a été lue en maintenant les images cachées. En équipe, ils ont eu à confronter leurs hypothèses avant d’en arriver à une réponse à présenter au reste du groupe. Il a été intéressant d’entendre le compte rendu de leur discussion. Sans les illustrations, il leur a fallu interpréter les indices du texte pour en arriver à démasquer le personnage. Seul l’indice qui mentionne les chenilles de Koletaille permet à coup sûr de dire de quoi il s’agit, mais il n’était pas évident que les élèves allaient le découvrir sans discussion et questionnement. Une seule équipe a réussi à relever cet indice.  

La relecture de l’album par l’enseignante, à l’aide des images cette fois-ci, a permis de comprendre le sens du texte et d’identifier le personnage, un char d’assaut. Les élèves ayant réussi à identifier Koletaille étaient très contents de leur réussite. À la fin de l’album, on retrouve plusieurs informations qui permettent aux élèves de prendre conscience des coûts rattachés à l’équipement militaire et de tout ce que l’on aurait pu faire avec cet argent pour construire la paix. Ces informations ont suscité une discussion très intéressante qui a aiguisé la curiosité des élèves pour le thème de la guerre.  

Plusieurs œuvres magnifiques ont été écrites sur les différentes guerres. Il y en a pour tous les goûts et pour tous les niveaux. Le choix des albums en a donc été facilité (voir tableau 2). Ces œuvres amènent les élèves à connaître des événements historiques, mais aussi à comprendre les émotions vécues par les gens qui ont connu la guerre et à réaliser les conséquences des différents conflits, aspects essentiels à l’étude de l’histoire selon Forges (2004). À travers des albums tels que La grande peur sous les étoiles, ou Rose Blanche, les lecteurs comprennent que la guerre touche durement les enfants. Le tricycle de Shinichi et Hiroshima deux cerisiers en fleurs traitent de la bombe atomique. Dans Fidèles éléphants, c’est du triste destin des éléphants du zoo d’Ueno au Japon lors de la Seconde Guerre mondiale dont il est question. Un brave soldat raconte l’histoire de jeunes canadiens qui partent au front lors de la Grande Guerre et qui, confrontés à la dure réalité, s’aperçoivent qu’il n’y a rien d’amusant à vivre la guerre des tranchées. Parmi ces albums, on retrouve aussi l’incontournable histoire d’Anne Franck ou encore le désormais célèbre récit de La trêve de Noël.

Une période d’exploration d’albums a été prévue pour connaître le plus possible d’œuvres en lien avec la guerre. En équipe, les élèves se sont vu attribuer deux albums. Certains albums étant plutôt résistants1, la lecture s’est faite en équipe de 4 ou 5 élèves. Certaines équipes ont choisi de lire l’œuvre à haute voix, à tour de rôle. D’autres ont plutôt opté pour la lecture par un seul ou par certains élèves seulement. Comme certains ne sont pas à l’aise avec la lecture à haute voix, ils n’étaient pas obligés de le faire. Par contre, le fait de le faire par petites équipes et non en grand groupe, a donné le goût à presque tous les élèves de se risquer. Cette lecture partagée leur a permis de se consulter pour en arriver à bien comprendre le texte et à discuter de leur façon de l’interpréter. Dans un tableau, ils devaient noter les informations recueillies en ce qui concerne les faits historiques, les aspects de la guerre mis de l’avant, ses conséquences, le point de vue selon lequel elle était présentée et les émotions ressenties par les personnages. En préparation au travail d’écriture, cette partie avait comme objectif de leur faire découvrir différentes façons de décrire les événements et les émotions. Au préalable, une modélisation par l’enseignante, à partir de l’album Koletaille, a été présentée de façon à permettre une meilleure compréhension du travail d’analyse à effectuer. Il a aussi été proposé aux élèves de repérer le lexique spécifique à la guerre au cours de leurs lectures. Lors de la mise en commun des découvertes, une carte d’exploration a été créée où l’on a noté des mots tels que bombe, camp de concentration, réfugié, militaire, soldat, occupation…

L’exploration des albums a permis d’analyser les illustrations. Une étude attentive de l’image permet de décrire comment les conséquences de la guerre y sont représentées. Le style des illustrateurs étant différents, les élèves ont pu comparer les diverses techniques utilisées dans les albums. Lors de la présentation au reste du groupe, les détails de l’image ont été mis en évidence. Les élèves se sont appliqués à parler des dégradés de couleurs, de l’émotion dans l’image, de la dureté des événements représentés. Même si ce n’était pas facile, les orateurs ont fait la présentation de l’album en mentionnant les éléments essentiels seulement. À voir le sérieux avec lequel ils ont fait leurs présentations, il était évident qu’ils avaient pris plaisir à leurs lectures. L’intérêt pour le sujet a été tel que les élèves ont eu envie de lire les œuvres présentées par les autres équipes. Comme les albums ont été à leur disposition assez longtemps, tous ont eu la chance de lire ceux qui les intéressaient. Ce type de projet permet en même temps de développer l’habileté à apprécier des œuvres littéraires sans que, comme le mentionne Devanne (2006), l’enseignement de la littérature devienne une nouvelle « discipline scolaire ».

L’intention d’écriture de ce projet était de se placer dans la peau d’un personnage ayant vécu la guerre et d’en raconter, à la première personne du singulier, 2 ou 3 journées. Il s’agissait alors de l’écriture d’une partie d’un journal personnel. Le réseau littéraire sur le procédé d’écriture était ici tout indiqué pour permettre aux élèves de se familiariser avec une écriture de ce type. Des romans tels que Le journal d’Anne Frank ou encore Journal de Zlata leur ont été présentés afin qu’ils puissent les observer, les analyser et en lire certains extraits. Ils ont eu envie d’écrire leur texte. L’intention d’écriture ayant été présentée au début du projet, ils ont eu suffisamment de temps pour s’imaginer dans la peau d’un soldat subissant les conditions humides des tranchées, d’un réfugié ayant perdu sa famille, d’une enfant juive obligée de se cacher, d’une mère prisonnière d’un camp de concentration ou encore d’une infirmière au front.

Lors de l’écriture du texte, l’intérêt pour le sujet a amené les élèves à fouiller dans les encyclopédies, à chercher de l’information complémentaire dans les ouvrages documentaires, à observer la carte du monde, à relire certaines parties d’albums pour mieux comprendre un événement, à questionner les autres élèves, ou encore à faire des recherches dans Internet. Il s’agissait d’occasions supplémentaires de lire pour trouver de l’information et de transposer par écrit leur interprétation des événements historiques. Les lectures faites au cours du projet leur ont permis de décrire les événements avec beaucoup de précision. Même si le côté historique n’a pas totalement été respecté, même si les événements n’ont pas été totalement compris, même si l’interprétation de l’histoire n’était pas toujours tout à fait juste, ils ont réussi à produire des textes vraiment intéressants (voir les 3 textes présentés en annexe). Dans leurs récits, la description des lieux, des émotions ressenties et des événements tragiques que le personnage principal a vécu dans leurs récits est la preuve que la découverte et l’analyse des albums portant sur les guerres ont contribué à améliorer leur compétence à écrire.

Écrire une page de journal personnel est tout un défi. Maîtriser l’art de transmettre au lecteur l’émotion du personnage, de raconter une journée sans donner précisément tous les détails de l’événement, de se mettre dans la peau d’un personnage que l’on n’a pas connu, de parler d’une guerre que l’on n’a pas vécue et d’accepter de ne pas raconter 4 ou 5 années de guerre, mais bien quelques petites journées n’est sûrement pas simple. Toutefois, si le sujet est captivant, que l’élève considère que l’information recueillie en vaut la peine et s’il accepte le défi avec enthousiasme, les apprentissages visés par le projet se font sans mal. Chose certaine, au terme du projet les élèves étaient fiers de présenter leur texte et ils ont eu du plaisir à lire le recueil de tous les textes de leurs camarades de classe.

Julie St-Onge
Enseignante en 6e année
Collège Bourget
julie.st-onge@collegebourget.qc.ca

Isabelle Montésinos-Gelet
Professeure agrégée
Université de Montréal
isabelle.montesinos.gelet@umontreal.ca

Marie Dupin de Saint-André
Chargée de cours et doctorante
Université de Montréal
marie.dupin.de.saint.andre@umontreal.ca

Note :

1. Selon Tauveron (2002), une œuvre résistante est un texte qui « résiste à la lecture à cause de sa complexité et qui nécessite donc un accompagnement par l’enseignant » (p. 227).

Références

- Devanne, B. (2006). Les apprentissages littéraires. Québec français, 143, 68-70.

- Forges, J.-F. (2004). Éduquer contre Auschwitz – Histoire et mémoire. ESF éditeur.

- Tauveron, C. (2002). Lire la littérature à l’école. Hatier.

4 novembre 2009 par | Catégorie: Langues | Pas de commentaires

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