Favoriser de bonnes relations entre parents et enseignants
L’école est d’abord et avant tout un milieu de vie où l’élève passe en moyenne huit heures par jour. Ayant pour mission d’instruire, de socialiser et de qualifier, elle a aussi le devoir de rendre possible la réussite scolaire de tous les élèves. Créer des conditions qui favorisent la participation de l’élève, son engagement et son investissement, autant sur le plan des apprentissages que sur celui de la socialisation, s’avère un défi de taille particulièrement pour les enseignants. De plus, bien que la réussite scolaire soit impensable sans l’engagement de l’élève, elle nous apparaît aussi peu réalisable sans la participation des parents.
Selon la littérature, le soutien parental est une des conditions les plus importantes pour favoriser la réussite scolaire. « Lorsque les parents participent au suivi scolaire, les enfants et les adolescents ont de meilleurs résultats scolaires, un faible taux d’absence, peu de difficultés comportementales, une perception plus positive de la classe et du climat scolaire…1 »
À cet égard, comment l’enseignant peut-il influencer, par ses attitudes, l’engagement parental? C’est de ces attitudes gagnantes de l’enseignant dont il est question ici.
L’écoute
Pour favoriser une relation de complicité et de collaboration avec le parent, l’enseignant se doit de jeter un regard critique sur sa façon d’interagir avec lui. Dans ses relations avec le parent, l’enseignant gagne à mettre en pratique les principes d’une communication efficace. J’insisterai ici davantage sur l’écoute, qui est une attitude primordiale pour établir le lien avec le parent, mais qui est malheureusement souvent oubliée.
Dans son livre sur la communication, Solange Cormier (2003) traite de l’écoute comme d’une attitude qui est « au cœur de la compétence interpersonnelle ». Être à l’écoute permet de se rapprocher d’autrui et d’apprivoiser sa différence. L’auteur identifie des attitudes sous-jacentes à une écoute de qualité : la présence à soi dans l’interaction, la tolérance à l’ambiguïté, la disponibilité et la valorisation des différences.
La présence à soi nous permet de déceler rapidement les indices qui signifient que nous ne sommes plus à l’écoute. À titre d’exemple, le fait de préparer sa réplique pendant que l’autre parle. « L’écoute exige la capacité de séparer son expérience propre de celle d’autrui2. » Être en situation d’écoute, cela exige une discipline personnelle afin de se concentrer sur le message de l’autre sans se laisser distraire par toutes sortes de pensées, d’images où d’émotions. L’enseignant qui écoute doit aussi démontrer une certaine tolérance à l’ambiguïté du message de la part du parent ou de certaines incompréhensions de sa part. D’où l’importance de faire préciser et clarifier au parent son message et de reformuler ses propos au besoin.
Écouter nécessite à la fois une disponibilité psychologique et physique. L’enseignant qui désire développer sa capacité d’écoute doit être disposé à investir du temps et de l’énergie pour permettre aux parents d’exprimer leurs besoins, leurs opinions et leurs sentiments. Si le parent manque de temps ou s’il est préoccupé, il est préférable pour l’enseignant de le lui faire savoir et de convenir d’un autre rendez-vous.
Enfin, il est impossible pour l’enseignant d’être à l’écoute tant et aussi longtemps qu’il est convaincu de détenir la vérité. L’enseignant doit manifester la capacité d’entendre un point de vue différent du sien et d’éviter d’adopter une attitude d’expert envers le parent. L’acceptation et la valorisation des différences requièrent de la part de l’enseignant une ouverture et une sécurité personnelle certaine.
Reconnaître la compétence du parent
Comme intervenants scolaires, nous tenons parfois un double discours concernant le soutien parental. D’un côté, nous demandons aux parents d’accompagner leur enfant dans différentes situations de la vie scolaire; de l’autre, nous leur faisons parfois sentir qu’ils ne s’y prennent pas de la bonne façon, qu’ils n’en font pas assez ou qu’ils en font trop. L’enseignant doit manifester de l’ouverture et reconnaître les compétences du parent afin de consolider des liens de réciprocité. En reconnaissant et en exprimant au parent ce qu’il fait de bien plutôt que de tenir des propos négatifs sur ses actions, on renforce ses compétences et on l’amène à s’engager davantage. L’enseignant a tout avantage à encourager l’attitude du parent-acteur et à mettre ainsi en valeur ses forces et ses bons coups. Cela aura pour effet d’augmenter chez le parent son sentiment de compétence.
De plus, il est important de signifier au parent que les rôles et les responsabilités doivent être partagés avec l’équipe-école dans l’objectif de favoriser la réussite de l’enfant. Il faut toutefois éviter que le parent se positionne en « consommateur de services3 » et qu’il se soustraie à ses propres responsabilités parce qu’il perçoit l’école comme ayant toute la responsabilité de l’éducation de son enfant.
Éviter le jugement
L’école est parfois un lieu de souffrance pour l’enfant et le parent qui sont en situation de pauvreté. L’enseignant doit être sensibilisé à la réalité, au combat de tous les jours et à la culture des moins favorisés. Cela nécessite de la part de l’enseignant une grande ouverture et beaucoup de souplesse dans ses exigences face à l’enfant lui-même lorsqu’il s’agit de matériel manquant, de devoirs non faits, de lunchs peu soutenants ou inexistants, etc. Il est important de chercher à collaborer avec le parent et d’éviter de rejeter la faute sur lui. Nous savons que l’enfant ne peut apprendre s’il est tiraillé entre sa famille et l’école. Il faut donc éviter de porter un jugement et se préoccuper de garder un bon contact avec le parent. L’ensemble du personnel scolaire doit avoir le souci de développer des pratiques d’accueil et de collaboration afin de favoriser un rapprochement avec les familles moins nanties.
Communiquer aussi quand ça va bien
Il est important d’assurer une communication fréquente et régulière même quand cela va bien avec le parent; c’est là une condition gagnante. Joindre les parents de différentes façons (agenda, téléphone, carnet de bord, courriel, notes aux devoirs, communication de mi-étape…) pour souligner les progrès de leur enfant et leur faire part de ses bons coups et de ses réalisations, voilà qui est généralement grandement apprécié.
L’enseignant qui met en place des mécanismes de communication efficaces en faisant ressortir les forces de l’enfant s’assure d’une belle collaboration avec les parents de ses élèves. À titre d’exemple, lors de la première rencontre avec les parents en septembre, une enseignante m’informait qu’elle utilisait la notion de dépôt ou de compte relationnel de Brigitte Racine4. Pour ce faire, elle met en évidence les forces de chaque enfant de sa classe en informant les parents par un petit mot déposé sur le pupitre des élèves. Cela demande à l’enseignant d’observer et de reconnaître dès les premiers jours d’école les habiletés, les capacités et les forces de chacun d’eux. Cette reconnaissance de la part de l’enseignant est doublement positive aux yeux des parents et des enfants, car elle permet d’établir la relation et elle favorise leur engagement. Elle permet d’installer un lien de confiance entre le parent, l’enseignant et l’élève.
Ces quelques attitudes gagnantes de l’enseignant demandent du temps. Toutefois, elles sont les prémices à une véritable relation de collaboration et de complicité avec les parents, ce qui constitue sans aucun doute un facteur déterminant dans la réussite de l’élève.
« Une relation parent-enseignant, c’est une affaire de foi. Il faut croire que l’on a besoin l’un de l’autre, que chacun peut apporter à l’autre quelque chose d’essentiel.5 »
Marie-France Ricard
psychoéducatrice
directrice de l’École Jean XXIII
Notes :
1.
Deslande, R. et Bertrand, R. (2001). La création d’une véritable communauté éducative autour de l’élève : une intervention cohérente et des services mieux harmonisés. CQRS/MEQ, p. 6.
2. Cormier, S. (2003). La communication et la gestion. Les presses de l’Université du Québec, p. 63.
3. Coté, D. (2005). Participation des parents à la réussite éducative des élèves du primaire : guide d’accompagnement à l’intention du personnel scolaire. Ministère de l’éducation, p. 7.
4. Racine, B. (2008). La discipline, un jeu d’enfant. Éditions du CHU Sainte-Justine.
5. Goupil, G. (1997). Communications et relations entre l’école et la famille. Montréal, Chenelière/Mcgraw-Hill, p. 5.

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