• Accueil
  • AQEP
  • Vivre le primaire
  • Congrès de l’AQEP
EnseignementPrimaire.ca

Enseignante, parents et « psy » : regards croisés sur l’enfant

L’enseignante, les parents et le psy se construisent des représentations de l’enfant qui sont complémentaires, mais parfois très contrastées. Nous décrivons ici quelques-unes des représentations et perceptions retrouvées fréquemment, en insistant sur l’importance d’une communication réciproque entre ces différents partenaires.

Regar d’enseignante…

La perception que se construit l’enseignante de son groupe est d’abord celle d’un ensemble. Elle espère faire avancer ses élèves vers de nouvelles connaissances. Elle cherche à développer la curiosité des élèves, leur patience, leur volonté d’aller plus loin et leur persévérance. Ses exigences scolaires et comportementales sont relatives aux capacités du groupe à bien participer et à être attentif aux consignes. L’autonomie des élèves garantit une bonne dynamique dans la petite société d’élèves. Les attentes sont élevées!

En classe, les objectifs sont les mêmes pour tous – théoriquement du moins –, même si la réalité quotidienne révèle la difficulté à réaliser cet idéal… L’art de l’enseignante consiste à s’ajuster constamment au rythme et aux capacités de son groupe. Cette tâche d’équilibriste vise à maintenir l’intérêt des élèves les plus curieux et les plus doués sur le plan scolaire, tout en imaginant constamment des stratégies afin de susciter l’intérêt et l’apprentissage des élèves en difficulté. Le défi se complique par l’hétérogénéité grandissante des groupes d’élèves ainsi que par les caractéristiques individuelles des élèves eux-mêmes, tant au plan culturel que familial. Des travaux récents ont heureusement démontré que les enseignantes démontraient un talent certain dans la prédiction du décrochage scolaire. Les attentes de l’enseignante sont-elles parfois trop grandes envers certains enfants moins matures? Les enseignantes sont-elles trop absorbées par la pression et le stress des objectifs de fin de cycle? Manquent-elles de temps pour soutenir et aider les élèves qui présentent des besoins particuliers? Demandent-elles parfois aux enfants, sans s’en rendre compte, d’être « grands » avant leur temps? Perçoivent-elles la communication avec la famille de l’élève comme une tâche additionnelle plutôt qu’une partie intégrante de leur travail? Enfin, la formation reçue par les enseignantes sur les aspects culturels et les troubles psychologiques courants leur suffit-elle pour bien communiquer avec la famille et les professionnels du monde psy?

Regard de parents…

La relation d’attachement colore profondément la représentation que le parent se fait de son enfant. Sa tolérance envers son enfant est souvent égale à l’amour qu’il lui porte! Parfois, à l’occasion d’une rencontre de l’élève en compagnie de ses parents, l’enseignante observera à quel point l’attitude de l’élève se modifie : l’élève paraît soudainement « plus petit » devant maman et papa! La question de l’autonomie de l’élève se retrouve parmi les enjeux abordés le plus souvent lors des discussions entre l’enseignante et les parents. Si la majorité des parents cherche à développer la maturité de leur enfant, l’enseignante note parfois que certains parents ont du mal à valoriser son autonomie. Ces parents semblent craindre que l’enfant se retrouve dans des situations difficiles s’il en vient à « trop » prendre d’initiatives. Un dialogue délicat s’engage alors au sujet des attentes de l’école envers l’enfant. Le piège des disqualifications mutuelles entre les parents et l’école est toujours présent et doit faire l’objet d’une attention soutenue de la part
de l’enseignante. Dans la mesure du possible, chaque partenaire doit apprendre
à tenir compte de la perspective de l’autre afin de faciliter l’autonomie de l’enfant
et de reconnaître l’importance, pour l’enfant, de grandir à son propre rythme.

Un autre enjeu lié aux perceptions, très fréquent, concerne les questions relatives à la discipline. Parfois, les parents manifestent des réactions de surprise, de colère ou d’incrédulité lorsque l’enseignante leur rapporte des conduites perturbatrices de la part de l’enfant. Les parents protestent en disant que leur enfant est calme, obéissant et attentif à la maison! Ils n’acceptent pas les remarques de l’enseignante et se sentent jugés par celle-ci, ce qui les amènera même, parfois, à « boycotter » les rencontres avec l’enseignante. Le parent désire, bien entendu, protéger son enfant et accepte difficilement que celui-ci se fasse critiquer! Pour le parent, accréditer le jugement du professeur exige une solide confiance en soi-même autant qu’en son enfant.

Malheureusement, l’enfant qui perçoit une alliance défaillante entre ses parents et son enseignante aura davantage de difficultés à profiter pleinement du milieu scolaire et à endosser les valeurs véhiculées par l’enseignante et par l’école. Ceci entravera la participation de l’élève en classe et son acquisition des différentes compétences et habiletés interpersonnelles essentielles à sa scolarisation : maturité, autonomie, autodiscipline, sens des responsabilités, empathie, générosité, sociabilité…

Regard de psy…

La propre histoire scolaire du parent viendra colorer – et parfois assombrir – sa perception des commentaires de l’enseignante au sujet de son enfant. Des difficultés d’apprentissage mal repérées durant l’enfance, une histoire personnelle d’échec scolaire ou encore des fragilités émotionnelles influenceront fortement la réaction du parent aux commentaires de l’enseignante. Des circonstances familiales adverses comme un deuil ou une maladie dans la famille, une séparation, un déménagement ou une expérience migratoire complexe embrouilleront aussi les échanges avec l’équipe-école. Une écoute particulière de l’enseignante à ces différents enjeux pourra permettre de « redéfinir » ou de mieux comprendre les difficultés de l’enfant, facilitant ainsi le travail conjoint avec la famille et l’ajustement des attentes de chacun envers l’enfant.

Alors que la majorité des parents participent assez facilement à la réflexion qui conduira à un encadrement adapté aux besoins de l’enfant, d’autres parents ont tendance à banaliser les rétroactions de l’enseignante. Il s’agira peut-être d’un mouvement d’autoprotection ou d’évitement de la part de la famille devant des informations trop complexes ou trop douloureuses à métaboliser. À l’autre extrême, des parents réagiront avec grande anxiété aux commentaires transmis par l’école et s’identifieront trop vivement aux défis et difficultés vécus par l’enfant. L’anxiété parentale pourra alors conduire à des difficultés de communication parent-enfant : attentes irréalistes ou trop élevées envers l’enfant, transmission d’une vision défaitiste ou catastrophique des défis présentés par l’école, difficultés à présenter à l’enfant des défis gradués et réalisables.

L’alliance entre les parents séparés ou divorcés est un autre phénomène qui peut poser des défis à l’enseignante. Bien que les situations de coparentalité n’entraînent habituellement pas de difficultés majeures dans le travail avec l’école, on note parfois des situations de discorde entre les parents qui se rejouent dans le contexte scolaire, avec des conséquences négatives pour l’enfant. La non-résolution d’une séparation pourra amener l’enseignante à se retrouver aspirée dans des jeux de coalition et de rivalité entre les parents. La cohérence et la continuité des attentes envers l’enfant deviennent alors des défis majeurs à relever.

Enfin, une pression scolaire trop grande de la part des parents envers l’enfant se produira pour plusieurs raisons. Il s’agira par exemple d’une nécessité absolue de réussite dans un contexte migratoire ou encore du mandat confié à l’enfant de « réparer » l’histoire parentale. Ainsi, l’histoire scolaire des parents et la dynamique sociofamiliale pourront-elles guider – mais parfois compliquer – le rapport entre les parents et les enseignants.

Comment travailler ensemble, avec créativité, au bon développement de l’enfant?

fille_pupitreDans ce jeu de regards croisés, complémentaires et parfois divergents, l’écoute réciproque entre parents et enseignants exige, nécessairement, du temps et des efforts communs. Des valeurs d’authenticité, de sensibilité, de patience, de détermination, ainsi qu’une capacité à aborder clairement les perceptions et les attentes mutuelles seront des gages de succès autant pour l’enseignante que pour la famille.

L’enseignante proposera parfois à la famille, en accord avec l’équipe-école, que l’enfant soit vu en consultation par un tiers dans une démarche visant à éclairer la compréhension des difficultés de l’enfant. Ces tiers pourront être des collègues enseignants, des membres de la direction de l’école, le psychoéducateur, le psychologue scolaire, l’orthopédagogue ou même l’équipe pédopsychiatrique. Ces tiers seront interpellés afin d’aider les partenaires à bien réfléchir et à communiquer ensemble, ainsi qu’à bien valider leur perception de l’enfant. Ils pourront contribuer à dénouer des situations délicates où les représentations des différents partenaires demeurent polarisées.

La proposition faite aux parents de faire appel à un tiers sera souvent reçue positivement, comme une possibilité de sortir de l’impasse. Toutefois, cette proposition d’aide sera parfois vécue comme une dépréciation implicite de l’enfant ou des capacités éducatives des parents. Pour compliquer le tout, l’enseignante autant que les parents auront à naviguer à travers la tendance actuelle à voir les difficultés scolaires de l’enfant à travers une lorgnette beaucoup trop médicale : syndrome de Tourette, trouble de l’attention, Asperger… et même maladie bipolaire! En contrepartie, on rappellera aussi le réflexe de certaines enseignantes de voir la famille comme la « cause » de toutes les difficultés comportementales de l’enfant à l’école. Or, l’on sait que ces difficultés sont souvent d’origine constitutionnelle chez l’enfant et ne sont causées qu’en partie par des difficultés relationnelles (on pensera, par exemple aux troubles de l’apprentissage ou au trouble de l’attention avec hyperactivité).

L’écoute mutuelle des perceptions au sujet d’un enfant n’est pas toujours simple et requiert parfois une discussion honnête et énergique! Lorsque les perceptions se rencontrent et deviennent plus cohérentes – sans toutefois être identiques –, le développement de l’enfant sera facilité, tout comme le plaisir pour la famille et l’enseignante de travailler ensemble au mieux-être de l’enfant. Pour l’enseignante, tenir véritablement compte des observations du parent peut l’aider à ajuster son approche pédagogique envers l’élève. La confiance de l’élève et des parents envers l’enseignante s’améliorera, l’élève se sentira moins écartelé entre l’école et sa famille, et son bien-être et sa participation en classe tendront à s’améliorer. De son côté, le parent se sentira plus efficace dans son partenariat avec l’école et pourra mieux transmettre les valeurs véhiculées par l’école. Les parents pourront se construire des représentations nouvelles – mais non contradictoires – de leur enfant. Ainsi, ce jeu de regards croisés entre les différents partenaires offrira la possibilité de faire évoluer les représentations mutuelles de l’enfant et contribuera à favoriser l’évolution harmonieuse de l’élève au sein de son milieu scolaire.

Hélène Diguer
Enseignante en musique / CSEM
h.diguer@prof.emsb.qc.ca

Dr Martin St-André
Pédopsychiatre
CHU Sainte-Justine

28 octobre 2009 par | Catégorie: Domaines généraux de formation | Pas de commentaires

Laissez un commentaire

Partenaires : coloriages éducatifs | Enfant doué | Multiplication | comptine et berceuse
Contenus et images appartiennent à l'AQEP | Conception et gestion du blogue : Paquin design
  • Sujets

    • Arts
    • Compétences transversales
    • Développement personnel
    • Développement professionnel
    • Domaines généraux de formation
    • Langues
    • Mathématiques, sciences & technologies
    • Non classé
    • Univers social
    • Vivre la différence
  • Derniers commentaires

    • Nathalie Brasseur:Bonjour, Mon fils à été di
    • Paquin design@Agence graphique:Très intéressant ce concours!
    • Annie Robitaille:WOW! Quelle bonne idée! Je vai
    • Annie Robitaille:Un petit mot pour vous dire qu
    • Annie Robitaille:Bonjour, Je suis une enseig
    • Mélanie Mc Duff:Bonjour, Je suis une étudiant
    • La courte échelle:Bonjour! Nous adorons votre
    • Manon:Bonjour tout amitié pour les p
    • Magali:Enfin! Ma commission scolaire
    • Bouchard Karin:Bonjour! Où retrouve-t-on c
  • Abonnez-vous au blogue de l'enseignement primaire