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Devoirs et leçons… un carrefour relationnel

Les devoirs, véritable fenêtre sur l’école… et la maison! C’est en effet bien souvent par ce biais que parents et enseignants peuvent tenter de voir, de comprendre et d’expliquer ce qui se passe quand l’enfant présente des difficultés à l’école. En regardant ce qu’il doit faire comme devoirs le soir à la maison et comment il les fait, les parents se font une idée de ce qui est vu en classe mais aussi de l’intérêt que l’enfant porte à l’école et des moyens qu’il prend pour étudier, moyens qu’on lui a ou non enseignés. En prenant le temps d’en discuter un peu avec lui, les parents peuvent aussi voir de quelle façon leur enfant perçoit son enseignant. Dès lors, ils se font une idée sur les moyens que ce dernier utilise pour gérer sa classe et aider leur enfant à apprendre.

De part et d’autre, on porte des jugements

C’est par la « fenêtre des devoirs » que les parents porteront nécessairement un premier jugement : « Cette enseignante a de bonnes idées! » ou « Celui-là donne beaucoup trop de devoirs! ». On assiste donc rapidement au jugement parfois sévère des parents à l’égard des enseignants : « Elle est sûrement bien mal organisée pour demander aux enfants de faire ce qu’ils n’ont pas eu le temps de faire durant la journée. »

D’autres diront avec soulagement, suite à des années plus difficiles : « Enfin un prof qui sait les encourager par des mots bien personnalisés sur leurs copies d’examens… Mon fils ne se sent plus un parmi tant d’autres dans sa classe. »

Certains parents sauraient comment faire mieux avec leur enfant… : « Viens, je vais t’expliquer, moi. » Ou encore : « C’est bien beau de lui donner tout ça à faire, mais le prof ne doit pas leur avoir expliqué ces notions parce que visiblement, mon fils ne comprend jamais rien! »

Parce que bien souvent, un jugement est porté sur l’enseignant avant de l’être sur l’enfant. Les parents soucieux de la scolarité de leur enfant sont alors souvent portés à intervenir eux-mêmes pour qu’il réponde à leurs propres attentes. Ils le font en s’adressant d’emblée à l’enseignant ou en intervenant directement auprès de l’enfant : « Recommence-moi tout ça, c’est trop malpropre. »

Pire encore, pour aider leur enfant à s’améliorer en écriture par exemple, et ce même une fois les devoirs terminés, ils proposeront le piège qu’avant longtemps, l’enfant reconnaîtra assez vite : « Viens, on va jouer un peu à l’école. »… moment dont les parents profitent évidemment pour poursuivre leur nouveau rôle d’enseignant substitut.

Sans savoir précisément pourquoi, les enseignants constatent alors bien souvent qu’un champ de bataille s’est installé à la maison autour des devoirs. À leur tour de penser que ce sont les parents qui s’y prennent mal… Ainsi, les enseignants se font aussi une idée de la façon dont se passe cette période de travaux scolaires à la maison. De multiples façons, les enfants leur en apprennent beaucoup sur les devoirs faits ou non, plus ou moins bien faits, oubliés, égarés, barbouillés, déchirés ou encore… impeccables. Les fait-il seul ou presque? Sinon, avec qui les fait-il? Combien de temps cela prend-il? Dans quel climat?

De part et d’autre, certains jugements sont donc posés, parfois positifs, parfois moins. Tout cela colore nécessairement la relation qui s’établit entre les parents et les enseignants. Ces jugements réciproques, teintés des expériences de vie de chacun et généralement très spontanés, peuvent appuyer ou exacerber les perceptions que chacun se fait de l’autre au sein de ce triangle relationnel enseignant-enfant-parents.

Il faut savoir que les parents envoient leur enfant à l’école avec plus ou moins d’ambivalence selon ce qu’ils ont vécu dans leur propre histoire scolaire et personnelle. Ils agissent et réagissent avec ce qu’ils sont devenus. Ils confient leur enfant à une tierce personne qui désormais, et encore une fois pour toute une année, prendra beaucoup d’importance dans sa vie. Leur capacité à déléguer l’autorité parentale à cet enseignant n’a d’égal que la confiance qu’ils ont en cette personne. Et on sait combien les relations humaines se construisent sur des impressions subjectives qui n’ont rien à voir avec une compréhension intellectuelle de ce qui est et sera.

Il est clair que l’enfant qui ne présente aucune difficulté scolaire, qui est autonome dans ses devoirs et ses leçons et qui a de l’intérêt pour l’école ne cause pas les mêmes soucis à ses parents et à ses enseignants. Par ailleurs, lorsqu’il présente certaines difficultés, ce terrain partagé où « se rencontrent » l’enfant, ses parents et son enseignant, peut devenir un lieu de confrontation. C’est bien souvent une certaine confusion entre les rôles de chacun qui est à la base des tensions ainsi générées. La complémentarité pourtant essentielle entre le rôle des parents et celui de l’enseignant est alors compromise.

L’enseignant, seul maître à bord

Pour éviter une telle confusion des rôles, l’enseignant doit signifier et faire reconnaître SON autorité en matière d’enseignement, notamment quant à la question des devoirs à la maison. Il doit préciser clairement ses attentes, notamment en ce qui concerne les devoirs, ce qu’il veut mais aussi ce qu’il ne veut pas comme, par exemple, la correction systématique de tous les devoirs par les parents avant le retour en classe. Ainsi, il doit signifier clairement aux parents, comme aux enfants, le temps qui devrait être alloué aux devoirs et aux leçons, la place qu’il souhaite que le parent prenne au cours de cette période, ce qu’il faut faire lorsque l’élève ne comprend pas ou les moyens à prendre lorsqu’il est en panne. Cela étant établi, les conditions sont réunies pour que la période des devoirs et des leçons demeure l’affaire du jeune en lien avec son enseignant qui l’aura guidé avec ses directives.

À notre avis, il faut éviter de demander aux parents de superviser de trop près cette période. Cette façon de faire place le parent en position d’enseignant substitut, ce qui envenime inévitablement, à court ou moyen terme, le rapport que l’enfant et ses parents établissent avec l’école. C’est pour cette raison que nous recommandons souvent aux parents dont l’enfant manifeste de l’opposition au moment des devoirs et des leçons de s’en remettre à l’autorité de l’enseignant qui, le cas échéant, aura beaucoup plus de moyens et de pouvoir qu’ils en ont eux-mêmes, aussi compétents soient-ils, pour faire comprendre à l’enfant le bien-fondé des devoirs qu’il lui donne.

Cela ne signifie pas qu’il faille évacuer les parents du terrain scolaire, au contraire! Il s’agit de les amener à faire autrement qu’en se substituant à l’enseignant, et ce, pour que l’enfant profite de la richesse de la complémentarité des rôles parents-enseignants. Le parent doit se voir comme un accompagnateur qui n’agit qu’au besoin, pour soutenir l’enfant, l’encourager, lui rappeler les moyens et attentes de l’enseignant. Il est le mieux placé pour inciter l’enfant à utiliser ses nouvelles habiletés et connaissances dans un contexte de vie quotidienne, ce qui donne du sens à la scolarité. Il ne devrait jamais se substituer à l’enseignant, seul adulte en position d’autorité pour toute question relative aux apprentissages scolaires… et qui doit être respecté comme tel. Si tel est le cas, le parent devrait chercher à comprendre pourquoi son enfant ne parvient pas à répondre aux exigences de son enseignant plutôt que tenter de s’y substituer. La meilleure personne avec qui discuter des difficultés d’un enfant est justement cet enseignant. Ce dernier pourra alors tenter de comprendre ce qui se passe pour ensuite proposer à l’enfant et à ses parents des moyens susceptibles de favoriser chez lui le développement de plus d’autonomie.

De plus, dans ce contexte, l’enseignant devra parfois aider le parent à prendre conscience que, plus il aide l’enfant à faire ses devoirs en restant assis à côté de lui prêt à répondre à la moindre question, moins il favorise l’acquisition de cette autonomie puisqu’il renforce ainsi la dépendance de l’enfant à son égard. En effet, celui qui reçoit autant d’attention parentale en « ayant besoin d’aide » ne renoncera pas facilement à ce moment privilégié, surtout si c’est le seul moyen qu’il a trouvé (inconsciemment) pour vivre un moment privilégié avec sa mère ou son père dans sa journée.

Saviez-vous que?

En mai 2009, le Conseil canadien sur l’apprentissage (CCA) publiait une étude sur l’impact des devoirs dans la réussite scolaire des élèves. Ce rapport statue d’abord sur le fait que les devoirs constituent l’un des aspects de l’éducation qui concerne le plus de familles canadiennes. S’ajoutant aux nombreux débats autour de la question de leur efficacité et de leur utilité, il confirme que les devoirs sont associés à une plus grande réussite scolaire chez les élèves si leur charge est raisonnable et s’ils requièrent une participation active de l’élève. Il semble aussi que ce soit aux élèves qui réussissent le moins bien que les devoirs seraient d’une plus grande utilité.

Des conclusions de cette étude, on peut déduire que l’impact attendu des devoirs sur la réussite scolaire est moindre si la participation de l’enfant n’est pas suffisamment active, ce qui se produit quand les parents s’impliquent trop. Ici comme ailleurs, trop c’est comme pas assez. Les enseignants sont bien placés pour aider les parents à trouver leur juste place dans l’accompagnement de leur enfant autour d’une activité qui les préoccupe au plus haut point, sa scolarité, et ce, surtout lorsque celle-ci ne se passe pas « normalement ».

En dernier lieu…

Le cauchemar qui se vit à la maison autour des devoirs et des leçons se poursuit bien souvent à l’école pour l’enfant. Cette question devient bien souvent un sujet de confrontation entre l’enseignant et les parents qui cherchent à se protéger de ce qu’ils perçoivent comme des jugements portés sur leur propre valeur.

Pour toutes ces situations conflictuelles qui se vivent au quotidien autour des devoirs et des leçons, situations qui mettent en jeu la relation parents-enfant-enseignant, c’est certainement le dialogue qui reste le moyen le plus efficace pour sortir de l’impasse. Loin d’être banales, ces situations de tension et de grincements de dents peuvent être déterminantes pour la réussite scolaire d’un élève. Dans ce cadre, la communication entre les enseignants et les parents est une piste de solution de premier plan. Elle devrait donc occuper une place de choix dans l’horaire déjà surchargé des enseignants. Mais où trouver le temps? Cette denrée rare qu’est le temps devrait être considérée comme un outil pédagogique et être allouée aux enseignants. Il s’agit, à notre avis, d’une ressource nécessaire pour l’établissement de relations parents-enfant-enseignant constructives et déterminantes pour la réussite scolaire des élèves.

Marie-Claude Béliveau
Orthopédagogue et psychoéducatrice
CHU Sainte-Justine
belmc@hotmail.com

28 octobre 2009 par Marie-Claude Béliveau | Catégorie: Domaines généraux de formation | Pas de commentaires

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